
Objet utilitaire, le couteau peut aussi devenir une pièce de collection
quand il est finement ouvragé ou relève d'une certaine typicité. Et c'est
précisément le cas pour les dizaines de spécimens exposés dans l'atelier de
Christophe Lauduique, situé 1, avenue de l'Adour à Anglet. Présentés dans des
coffrets en bois, accrochés au mur ou agréablement disposés sur des tables, les
lames traditionnelles s'égrènent, au nom évocateur. Il y a le
« raboliot » venu du Centre de la France, le « coutal » et
le « carnute » fabriqués en Beauce, le « marétier » dans
l'Ouest, le « compagnon » d'Auvergne, ou bien encore
l'« upastoru » ou le « vendetta » de Corse. Cela ne
s'invente pas.
« Mon idée, c'est de montrer aux gens la richesse de la création
française en matière de couteaux pliants régionaux et cela depuis le XVIIIe
siècle » s'enthousiasme le maître des lieux, ancien collectionneur
amateur, devenu au fil du temps artisan coutelier vivant aujourd'hui de son
métier. De fait, la plus ancienne pièce de son exposition remonte à 1780 et
répond au joli nom de couteau Marie-Antoinette. Un procédé ancestral Installé
précédemment à Sames, Christophe Lauduique est venu s'installer à Anglet il y a
un plus d'un an. Il y a trouvé des locaux plus vastes, lui permettant de
juxtaposer, à côté de son petit musée, un véritable atelier de fabrication où
le public peut le voir à l'œuvre. Mais pour ce Parisien de naissance, fan du
Pays basque depuis sa plus tendre enfance - son parrain n'est autre qu'un
celèbre Angloy, Felix Lafontaine- l'endroit doit avant tout mettre en avant la
tradition du fameux couteau des bergers basques. « Il possède un système
ancestral hérité du Xlle siècle, le principe c'est celui d'une lame qui tourne
autour d'un axe et d'une butée » raconte cet expert. « Pour être tout
à fait précis, il n'est pas spécifique au seul Pays basque, mais à l'ensemble
des Pyrénées. C'est le couteau traditionnel des bergers, on le retrouve
également en Corse » Dans ses recherches sur ce sujet, Christophe
Lauduique a d'ailleurs ressuscité un couteau de 1695, dont il a retrouvé le
descriptif sur un linteau de maison à Irissarry. C'était celui du barbier de
l'époque, avec un manche taillé dans la corne de manech. L'artisan en a remis
la fabrication au goût du jour. D'autres modèles coexistent avec celui-ci dont
le fameux « marraza » forme de petit makila, ou encore l'« oso
», le « txino », le « corsaire », pour n'en citer que quelques-uns
« Je crée des pièces uniques, mais je veux que l'on puisse aussi utiliser
les couteux au quotidien », dit-il. Beaucoup d'entre eux sont taillés dans la
corne de brebis, typique de la région. Le coutelier n'hésite cependant pas à
faire appel à d'autres matériaux, souvent originaux. La corne de zébu ou de
buffle par exemple, ou encore l'ivoire de mammouth fossilisé - dont
l'utilisation est exclusivement réservée aux musées et aux artisans d'art -,
parfois la dent de phacochère, seul animal vivant autorisé pour ce travail. Et
puis il y toutes sortes de bois, du hêtre de la forêt d'Iraty aux variétés les
plus exotiques. L'intéressé profite d'ailleurs de ses vacances pour parcourir
les cinq continents à la recherche d'espèces insolites. « Les gens qui
viennent me voir m'apportent parfois leur propre pièce de bois comme support »,
dit-il. On peut visiter son atelier-musée du mercredi au samedi, de 9 heures à
midi et de 14 heures à 18 heures. Texte : Philippe Hemmert, photo :
Jean Daniel Chopin. Sud Ouest 2 août 2011.